Le Festival

 

Nicolas, vous êtes le directeur artistique du festival d’Arromanches, comment avez-vous imaginé ce projet ?

Arromanches est un village connu dans le monde entier pour son histoire hors de commun liée au débarquement de 1944, c’est aussi une station balnéaire depuis le 19è très attachante, très simple, un ancien village de pêcheurs. L’idée d’offrir de la musique aux habitants comme aux touristes durant la période estivale est vite devenue une évidence. En été, Arromanches a un goût de paradis, envisageons-nous le paradis sans musique ?

C’est aussi le village de mon enfance et la possibilité de revenir faire de la musique dans le village où mon grand-père tenait l’orgue de l’église est une chance qu’il faut savoir saisir.

Quand l’équipe municipale, sous l’impulsion du maire Marcel Bastide, me propose d’imaginer quelques soirées musicales au cœur de l’été, je trépigne d’enthousiasme !

 

L’édition 2026 se déroulera entre les 9 et 15 août prochain, pourriez-vous nous présenter les grands axes de la  programmation et les artistes invités ?

Nous avons intitulé cette édition « Retour de Plage » parce qu’en été, on ne devrait jamais choisir entre les plaisirs de la plage et le besoin de musique. 4 grands rendez-vous. En premier lieu, Splendeurs vénitiennes pour ouvrir le festival : Antonio Vivaldi résonnera dans l'église d’Arromanches avec le Gloria, le Magnificat et le Dixit Dominus, dans leurs versions originales chantées uniquement par des femmes, comme à la Pietà de Venise. Le Concert Spirituel à Arromanches ! C’est une chance unique d’entendre ces artistes reconnus dans le monde entier!

Puis, Un récital d'orgue autour de Bach et ses contemporains par l'un de nos plus grand organiste David Cassan, qui est venu inaugurer notre orgue, il saura tirer des couleurs et des émotions insoupçonnées à ce merveilleux instrument.

Comme troisième soirée, une immersion dans le motet allemand, de Heinrich Schütz à Johann Sebastian Bach : la musique du mot, la force de la foi, l’intensité spirituelle, une soirée exceptionnelle.

En clôture, deux jaillissements du génie Ludwig van Beethoven : la 4ère Symphonie et le Concerto pour violon, avec Stéphanie-Marie Degand, représentante éclatante du violon français qui nous fait l’amitié de venir à Arromanches,. Le tempérament et le charisme du violon de Stéphanie-Marie Degand feront des étincelles avec le bouillonnant Beethoven et l’Orchestre les Horizons Chimériques !

 

Justement, nous aurons le plaisir de retrouver les Horizons Chimériques, orchestre créé pour le festival, pourriez-vous nous présenter cet ensemble ?

Cet ensemble à géométrie variable est l’âme du festival depuis sa création. Depuis peu, il s’est mué en un orchestre de musiciens qui jouent sur instruments d’époques, ayant une pratique historiquement informée, comme on dit dans les milieux autorisés ! C’est une formule compliquée pour dire que nous mettons toute notre passion à retrouver le son et l’émotion (que nous imaginons comme) authentiques et originaux. C’est un travail de « sourciers » absolument fascinant ! L’ensemble sera présent dans deux configurations: avec chanteurs et continuo d’abord pour les motets allemands, puis dans sa forme orchestrale pour le concert dédié à Beethoven.

 

Le festival est aussi un projet musical de territoire, dans quelles mesures l’évènement contribue-t-il à l’attractivité et à la vie locale ?

Pendant ces quelques jours d’août, Arromanches devient une communauté musicale vivante. Les artistes et le public se croisent, échangent, dînent ensemble, discutent après les concerts.

Les habitants retrouvent “leur” festival. Les visiteurs découvrent un patrimoine vivant. Un investissement dans l’émotion, dans la jeunesse, dans l’attractivité, dans le rayonnement : depuis 2009, une véritable histoire d’amour s’est nouée entre les artistes et le public d’Arromanches. Chaque été, nous la renouvelons. Chaque été, nous la faisons grandir.

 

Vous accordez une place importante à la transmission avec la programmation de master-classes ainsi qu’un partenariat avec le conservatoire de Caen, pourriez-vous nous présenter ces actions en faveur des jeunes musiciens ?

Cette année, cette volonté de transmettre se traduit par deux moments. D’abord, une master classe donnée par Guillaume Olry, professeur au conservatoire supérieur de Lyon et chef du département de musique ancienne, accompagné de Yoann Moulin à l’orgue. Ils vont travailler ensemble avec de jeunes chanteurs autour du motet allemand, véritable laboratoire d’expression où la musique et le texte entretiennent des liens étroits, à l’époque baroque. Ils vont approfondir leur pratique vocale et stylistique dans un des répertoires les plus riches et expressifs de la musique européenne. Le deuxième rendez-vous est un défi aux élèves des classes d’écriture du Conservatoire & Orchestre de Caen (sous la direction de Jean-Luc Fricou) : imaginer, dans l’esprit du XIXe siècle, de nouvelles versions instrumentales de partitions pour piano. Les partitions choisies sont de Clara Schumann. Au temps du romantisme, arranger une œuvre n’avait rien d’exceptionnel : les partitions voyageaient de ville en ville et s’adaptaient sans cesse aux musiciens disponibles, aux salles, aux effectifs locaux. Transcrire, orchestrer, réinventer faisaient pleinement partie de la vie musicale. En ressuscitant cette tradition, les Les élèves du Conservatoire & Orchestre de Caen vont s'emparer de ces pages pour leur imaginer de nouvelles couleurs chambristes, comme auraient pu le faire leurs homologues du XIXe siècle.

Le résultat sera dévoilé à l’entracte du concert Beethoven du 15 août, entre le Concerto pour violon avec Stéphanie-Marie Degand et la quatrième Symphonie de Ludwig van Beethoven.

 

Le festival propose différentes formules et offres de partenariat / mécénat à l’attention des entreprises mais aussi des particuliers, quels sont les enjeux de cette recherche de partenaires ?

Le festival est soutenu depuis sa première édition par la mairie d’Arromanches quasiment intégralement. Pour une commune comme la nôtre c’est un évènement coûteux, alors, nous avons à cœur de diversifier l’équilibre financier du festival et les subventions institutionnelles sont de plus en rare. Il faut repenser le système économique. Nous avons la mission de continuer à nourrir les réflexions sur les provenances de nos recettes.

Camus résume magistralement la nécessité de perdurer notre effort : « Sans la culture, et la liberté qu’elle suppose, la société, même parfaite, n’est qu’une jungle. C’est pourquoi toute création authentique est un don fait à l’avenir »

 

Un mot pour terminer ?

Plus que jamais, nous avons besoin de musique ! On se voit cet été, du 9 au 15 août ?